Échidna : la colère

Planté dans une clairière en bordure de l'immense forêt des Esprits, au sud de Nideyle, ce village est habité par de farouches guerrières. On dit d'ailleurs que ce n'est pas un lieu pour les touristes, et moins encore si vous êtes un mâle... sauf si vous avez des idées suicidaires ?

Échidna : la colère

Messagepar Maître du Jeu » 31 Oct 2009, 20:15

~ Résumé de la mission ~
Les joueurs ayant participé à ce sujet n'étant plus sur le forum, je fais un résumé pour garder une trace ce qui a déjà été perpétré par Échidna.


Ils avaient été repérés, Winghox à la discrétion pachydermique au milieu des bois. Leurs pieds mal assurés avaient fait craquer une branche, pour ne pas dire un tronc, et les comparses s'étaient retournés d'un seul mouvement vers le fautif, menaçant de lui enfoncer ses propres cornes dans les yeux pour avoir oser les faire repérer ! En face, le groupe de Tenaag'i avait à peine tressaillit. En quelques bonds affolés, comme ces biches suitées qui disparaissent derrière un buisson, elles se dispersèrent, prête à en découdre. Plus rapides et plus agiles que ces brutes épaisses de Winghox, elles n'étaient pas du style à se laisser intimider. Ils allaient voir ce qu'il en coûte, d'oser venir fouler leurs terres ! Les arcs contre les sabres, la beauté douce et voluptueuse contre la force brute et bestiale.


BAMMM


Un second craquement, plus lugubre celui-ci, s’éleva depuis les profondeurs de la forêt et figea tout le monde. Les flèches restèrent engagées, les sabres dans leurs fourreaux... Homme cornus comme femmes vipères, leurs regards s'étaient tournés vers l'adret où la cime des arbres tanguait dangereusement...


BAMMM


D’après le frémissement du sol, c’était du lourd ! Les oiseaux s'envolèrent, mouvement de panique dans la forêt et, sous les yeux médusés des deux peuples aux prémices d'un combat sans merci, un cerf traversa la clairière en quelques bonds affolés, plus terrifié par son poursuivant que par ceux qui l'attendaient là... Toute attention était tournée vers la provenance de ces bruits sourds et angoissants.


BAMMM


Doucement, les troncs grincèrent, comme s’ils étaient bousculés.

Silence.

Quelques corbeaux s’envolèrent en croassant de terreur, laissant derrière eux un nuage de plumes sombres. Chacun retenait son souffle... ce n’était pas bon. Ce n'était pas bon du tout ! Le soleil était haut dans le ciel de Nideyle, et un rai de lumière irradiait un pan de l’orée de la forêt, éblouissant les sens. Le temps semblait suspendu, et puis...


BAMMM


Les buissons frissonnèrent...

BAMMM


« Oh oh... » étrangla un Winghox tout à fait paniqué à présent.

Un Dragon ? Non. Juste une lointaine cousine : une Wiverne ! Ils tressaillirent, la gorge sèche. La bête avait crevé la barrière d’arbustes la séparant des deux petits groupes, apparaissant soudain et jetant un froid embarrassé sur la clairière. Ses petits yeux horriblement perçants les observait avec une férocité mal contenue. En réalité, un Wiverne ne perd pas son temps à contenir sa férocité... Le grand reptile agita sa queue pourvue d’un dard venimeux, fouettant l’air comme un chat qui s'apprête à se jeter sur sa proie. Longue de près de quatre mètres cinquante – de la tête à la queue – la créature aux reflets brun sombre laissa échapper un grognement sourd, profond, inquiétant, comme un souffle caverneux. Elle semblait se faire la réflexion qu’il y avait un peu trop d’agitation à son goût sur son territoire. Elle regarda tour à tour les Tenaag'i, jolies et farouches, et les Winghox qui la vénéraient, comme ils vénéraient toutes les créatures cousines de leur Infinitude. Elle souffla, préparant un fulminant assaut. Attaquerait-elle si personne ne bougeait ? Il ne fallait pas trop y compter...

En temps normal, la créature aurait probablement fait demi-tour... Mais bien entendu, les temps n'étaient plus normaux depuis que les flacons avaient été brisés, loin, loin à l'est... Et la Wiverne déploya brusquement ses ailes, découvrant une envergure diabolique de près de six mètres ! Elle poussa un sifflement de rage, puissant et rauque, si perçant que tous durent porter leurs mains à leurs oreilles. C’est qu’il avait du coffre, l’animal ! Dans sa gueule grande ouverte, les poignards de ses dents acérées scintillèrent dans la lumière du jour, puis sa mâchoire se referma dans un claquement sourd et la bêtise de la Wiverne n’ayant d’égal que son agressivité, elle attaqua de front, jetant son dévolu sur les Winghox qui en restèrent abasourdis.

Pourtant, de manière assez inattendue, elle ne prit pas son envol et se contenta de fondre sur ses proies au pas de charge. Il aurait été bien plus aisé pour elle de prendre de l'altitude et de faucher tout ce petit monde sur un même passage, mais voilà, ça aurait également été bien moins amusant !

« Wiverne ! Avait crié un Winghox comme si l’information avait pu être d’une quelconque aide. Puis il s'était ravisé, réalisant que son intervention orale n’était d'aucune utilité. Attention à sa queue !!! »

Mais trop tard arriva sa mise en garde, que deux Tenaag'i s'empalaient déjà sur l'appendice pourvu d'un horrible dard. Les deux peuples ennemis, à contre cœur, s'allièrent pour cette bataille à laquelle ils se livrèrent entièrement, au péril de leur vie, cela allait sans dire. Les lames sifflèrent, entaillant les tendons lorsque leurs propriétaires se trouvaient suffisamment proche, effleurant à peine l'écorce d'écailles parfois sur laquelle les flèches rebondissaient. Ils s'acharnèrent longtemps, plus imposants en nombre, moins en puissance et en rage, angoissés à l'idée que la nature puisse se vanter d'un comportement si incohérent. Que se passait-il, que les bêtes les plus terribles sortaient de leurs nids et attaquaient sans raison ? Leurs hurlements résonnèrent longtemps et la clairière émeraude devînt bientôt une grande tâche pourpre que les vautours guettaient dans leur vol silencieux. Les heures passèrent à s'épuiser au combat et lorsqu'il ne resta plus qu'une poignée de Tenaag'i et un homme Winghox salement amoché, la Wyverne s'écroula enfin, terrassée.

Les rescapés se lancèrent des regards étonnés et, tout à coup, tous la virent. Petite forme sans consistance, nuage de poussière, âme légère, le Pelel'je délaissait le corps mutilé de son hôte. Il flotta un instant comme s'il narguait les deux peuples qu'il venait d'amputer de ses meilleurs guerriers, et guerrière, et glissa mollement vers le nord, disparaissant au fond des bois.

Échidna venait de lancer les hostilités !

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Re: Échidna : la colère

Messagepar Borglinde Rê » 07 Nov 2009, 18:03

Surgissant d'entre les fourrés, Panthésyle, se précipita vers le village, le souffle court, l'air affolé. Panthésyle n'était pourtant pas une enfant, et elle n'était pas non plus du genre à s'effrayer d'un rien. On l'avait vue combattre un taureau sauvage et le rapporter pour le souper, fière de ses capacités, de sa rapidité et du regard envieux qu'elle lisait sur le visage des plus jeunes. Elle était un modèle pour beaucoup. Elle n'avait pas froid aux yeux. Et elle était pourtant terrifiée ! Derrière elle, d'autres femmes de son clan arrivaient. La troupe était partie en reconnaissance. Elles étaient une vingtaine en partant, trois au retour ! Qu'était-il arrivé ? La grogne monta dans les rangs. Aussitôt, on pensa aux winghox, eux seuls responsable de toutes les perfidies de ce monde. Mais les winghox auraient-il pu effrayer ces jeunes femmes à ce point ? Non ! Elles seraient mortes au combat plutôt que de revenir vaincues !

« Les Dieux sont en colère ! » Hurla Panthésyle en traversant la place.

Elle se précipita vers l'autel en bousculant Ai Vaan - une jeune guerrière qui aspirait à prendre la place de Borglinde Rê, chef de clan Tenaag'a. Son coup d'épaule brutal qui faillit la jeter à terre, si ce n'était pas le cas. À vrai dire, la jeune femme ne s'était pas retournée pour voir ce qu'il en était. À genoux devant l'autel, elle suppliait Saan Vean, jolie statue sculptée et couverte d'offrandes. Elle marmonna on ne savait quelle prière sous les yeux sidérés de ses semblables, et les autres femmes revenues avec elle, couvertes de vilaines entailles et d'ecchymoses, se mirent à raconter ce qu'elles avaient vu.

« Une Wyverne, sur l'échine, diablement furieuse. Elle nous a attaqué. Nous toutes, et nos ennemis aussi.
_ Sans l'aide de ces pourceaux de Winghox, nous serions passées de vie à trépas. J'ai honte...
Avoua l'une d'elle.
_ La Wyverne n'était pas elle-même, elle était possédée. Nous l'avons toutes vu : l'esprit comme on en croise à l'ouest ![/b] et l'autre acquiesça pour confirmer, l'air inquiet.
_ Oui, un nuage comme une âme qui s'échappe et part infester une autre créature. D'habitude elles sont inoffensive, mais celle-ci...
_ Elle voulait notre mort. À tous : la nôtre, et celle de nos ennemis aussi.
_ Ensuite... nous avons fuit... »


La voix de celle qui fit cet aveu s'était éteinte sur ces derniers mots, honteuse. Une Tenaag'a ne fuit pas, plutôt mourir. Mais il fallait prévenir leurs sœurs de la menace... Il y avait, dans leurs montagnes et leurs forêt, un Pelel'je bien décidé à les détruire. Aussitôt, le village se mit en mouvement. Ai Vaan la première montant en haut d'un beffroi afin de surveiller les alentours.

Là-bas, un peu plus loin, l'orée de la Forêt des Esprits leur barrait la vue. Elles ne s'en étaient jamais inquiétées, parce que les Winghox ne s'étaient jamais aventurés aussi loin. Et même si cela avait été le cas, elles auraient eut mille fois le temps de réagir et de riposter, voir de leur tendre des embuscades. Les patrouilles Tenaag'i arpentaient les forêts comme les montagnes et autant dire qu'elles connaissaient leur territoire, ses reliefs, ses bruits aussi. Le moindre pas n'appartenant pas à l'une des leurs ou à une créature des bois les mettaient immédiatement en alerte. Mais aujourd'hui, on ne parlait pas de ces fichus cornus, non. On parlait d'autre chose de plus inquiétant, quelque chose qui était parvenu à ne faire qu'une bouchée d'une faction entière des guerrières, et qui les avaient effrayées au point de les contraindre à faire demi-tour. Et ce dont elles parlaient, Tosca l'avait vu !

Surgissant d'un bosquet comme une proie affolée, le jeune morphe chamois fit quelques bonds dans la plaine avant de s'arrêter tout net. L'œil aux aguets, il venait de repérer Ai Vaan en haut de son rempart et avait freiné des quatre pieds. Il connaissait peu les Tenaag'i, mais ce qu'il en savait lui suffisait. Lorsqu'il se montrait sous sa forme de petit garçon, elles tentaient de le capturer. Lorsqu'il se montrait sous sa forme de chamois, de le chasser. Alors méfiant, Tosca épiait la jeune femme sans parvenir à se décider sur l'attitude à adopter. Il hésita à rejoindre sa forêt, mais ce qu'il y avait vu le terrifiait à tel point qu'il en fut quitte pour rester planté là, comme une statue au milieu de la prairie. Et seule sa tête bougeait encore, interrogeant Ai Vaan du regard, puis évaluant la distance qui le séparait du premier bosquet. Que devait-il faire ? Fuir les Tenaag'i ? Fuir la forêt ? Rien, pour l'instant.

Et il resta là, immobile, attendant on ne savait quoi.

Dans les cieux, s'éleva un chant étrange qui le fit tressaillir. Comme des milliers de soupirs de douleur, résonnant étrangement, se répercutant d'arbres en arbres. Échidna appelait ses alliés. Tosca le savait pour l'avoir déjà vu et entendue faire, et son cœur bondissait follement dans sa poitrine. Il avait peur et il tremblait des quatre jambes. D'ici que le Pelel'je n'infeste une autre créature plus dangereuse qu'une Wiverne... il préférait ne pas y penser !

Perchée en haut de son mirador, comme ces buses immobiles guettant leurs proies, Borglinde observa l'agitation ambiante sans mot dire. Ses sourcils s'étaient froncés sous l'effet de la contrariété et si elle avait failli donner de la voix pour calmer ses sœurs, elle s'était ravisée face à la confusion qu'elle sentait flotter sur le village et qui montait progressivement jusqu'à elle, comme une effluve inquiétante. Elle réajusta sa cape au col de fourrure, se protégeant ainsi du froid d'automne.

Là-bas, loin au delà des palissades, un jeune chamois venait de sortir hors des fourrés. Comme Ai Vaan, la jeune femme s'inquiéta d'un tel comportement. Ce n'était pas dans les habitudes des proies de se précipiter ainsi sur le village, et à moins d'être poursuivit, cet animal n'avait rien à faire ici. Ceci dit, il représentait un repas facile et Borglinde en fut quitte pour bander son arc, l'œil vif. Mais elle ne tira pas. Ai Vaan était sortie et s'était approché de la bête qui n'avait pas bougé. Il frémissait sur ses jambes, mais semblait incapable de se décider à bondir hors de portée, comme si la forêt, protectrice en temps normal, devenait pour lui une prédatrice redoutable. Alors la jeune chef de clan abaissa son arme et observa un moment la scène. Il se passait quelque chose. Quelque chose de grave, à l'origine de toute cette agitation en bas.

À son tour, elle entendit le chant singulier, un millier de femmes soupirant doucement comme pour une litanie. Ses yeux se posèrent sur le lointain horizon. Que se passait-il, sur l'échine ? Elle l'ignorait et devinait pourtant que ce devait être terrible. Déposant son arc, elle se décida enfin à redescendre de son perchoir après que Ai Vaan soit revenue s'abriter derrière les remparts. Du moins le pensa-t-elle en la voyant faire demi-tour. Là, en bas, l'angoisse était palpable. C'était un sentiment peu commun chez elles et pourtant, lorsqu'il naissait, il se répandait comme une traînée de poudre. Curieuse émotion... Elle en fut quitte pour y goûter, mais se força à ne montrer qu'un visage sévère. « Borglinde, autorité chez les filles de Saan Vean, ne cède pas aux sentiments des faibles. Sois digne. Sois forte. Sois celle par qui reviendra le calme en ton village. Frappe-les, si subsiste en elles quelconque crainte face à une autre que toi-même ! » se disait-elle intérieurement en traversant la foule.

« Silence ! » Intima sa voix puissante.

Et le silence se fit, lorsque toutes reconnurent l'injonction de celle qui les commandait. Borglinde Rê, chef de clan dont aucune ne contestait l'autorité... mis à part Ai Vaan qui lui enviait son poste. Satisfaite, Borglinde laissa ses sœurs se presser autour d'elle. Elle allait parler, et elle voulait que toutes l'entende. Ai Vaan venait d'atteindre l'entrée du village, mais cela, elle l'ignorait. Et déchirant le silence qu'elle avait imposé, un grognement passa au dessus de leurs têtes. Quoi d'autre encore ? Elle se tourna vers les trois femmes revenues porteuse de défaite. N'avaient-elles pas prétendues la Wyverne vaincue ? Et comme il était trop tard pour les sermonner, Borglinde pallia au plus urgent.

« Cessez de vous lamenter, vous me faites honte ! Armez-vous ! Allez au devant de cette chose ! Quiconque défie notre peuple mérite châtiment, l'auriez-vous oublié ?!! Nous vaincrons, parce que nous sommes les filles de Saan Vean et que nulle créature en ce monde n'est susceptible d'inquiéter notre guide. Aux armes !!! »

Tosca - le morphe chamois - n'avait pas bougé. Là, tout autour, les forêts protectrices lui murmurait de s'enfuir. Pour aller où ?

Attention !!!

Il y eut un grognement sourd, et la cime des arbres se mit à vaciller. Tremblant sur ses jambes, Tosca hésitait sur la direction à prendre. Le chant doucereux des sirènes imaginaires s'était tut et un silence de plomb retomba. De loin en loin, le petit chamois entendit la voix tonitruante de Borglinde Rê. Elle ordonnait, sûre d'elle-même et de son peuple, rabrouait les frileuses, excitait les vindicatives.

Un bruissement dans les buissons. Les oreilles de Tosca pivotaient. À droite. À gauche. Derrière peut-être ? Il se retournait, les naseaux frémissants. Ce qu'il sentait l'effrayait. Et tout à coup, il bondit enfin. Un écart de côté lui fit arracher une motte de terre qui vola à plusieurs mètres, et son changement de direction eut de quoi dévisser la tête à plus d'une guetteuse aguerrie. Tosca venait de changer d'avis. Non, il ne prendrait pas vers l'est, il irait de l'autre côté, là où les montagnes se meurent dans les flots. Il n'avait pas le choix. Que deviendraient les siens ? Il ne devait pas s'en faire, il devait penser à sa vie et avec toute la force de son esprit, il cria à l'aide, intérieurement. Les proies sont silencieuses dans la douleur comme dans la terreur.

Tosca se rua vers le village. Les portes ? Fermées ! Mais peu importe, lorsque l'on est la proie d'une telle panique. Souple et agile comme seuls les cabris en sont capables, il bondit d'un tronc à l'autre, glissant parfois sur une écorce qui se détachait sous son poids et se retrouva propulsé en haut des palissades les plus basses. De là-haut, il se laissa tomber de l'autre côté et traversa le village d'une seule traite, au nez et à la barbe des guerrières des lieux. Il bouscula un cheval dans sa course folle, sauta par dessus de grandes barriques empilées, slaloma entre les râteliers où les armes s'enchevêtraient. À quelques mètres, il fit halte dans un troupeau de chèvres qui remuèrent, subitement affolées par la terreur communicative de Tosca. Dissimulé ainsi parmi les siens, petite tâche brune coincé entre deux toisons blanches, il jetait des regards inquiets en tous sens.

Loin au-dessus de sa tête, il y eut un sifflement...

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Re: Échidna : la colère

Messagepar Maître du Jeu » 04 Déc 2009, 15:01

Rauque, le sifflement. Comme un aigle à la voix brisée à force de défier.

Oui les grandes cimes avaient bougé. Dans le silence, un craquement, un cri rauque, un grognement sourd. Et puis tout à coup, ça avait surgit du haut des conifères. Un dratour, manifestement furieux. Savante hybridation entre un dragon et un vautour, la créature avait le corps du premier et la tête ainsi que les ailes du second. À peine plus grand qu'un gros chien, maigre à faire peur, armé de serres redoutables surtout. Il monta tout droit vers le ciel en hurlant et ses grandes ailes aux couleurs d'un nuage d'orage se déployèrent tout à fait. En contre jour, elles se découpaient comme de sinistres étendards sur fond de soleil froid et cruel. Il avait pris de l'altitude comme pour évaluer sa cible plus à son aise, battant furieusement des ailes et laissant retomber, dans son sillage, une pluie de plumes diaphanes comme les flocons d'un hiver avancé. Répondant à l'appel du premier, deux autres de ces créatures surgirent à leur tour. Comme si elles avaient attendues tapies dans l'ombres des grands chênes, elles filèrent tout droit vers le village, le vol puissant, la voix menaçante. Dans leurs mains horribles, ils tenaient chacun des pierres qu'ils se mirent à lancer avec une rage peu commune sur les habitantes du village.

Les premières flèches les atteignirent et aussitôt, rompant leur formation. Mais les dratours étaient malins et esquivaient les projectiles en usant d'une trajectoire tout à fait aléatoire. Ils repartaient parfois et revenaient, armés de nouvelles pierres qu'ils jetaient sans relâche. L'un d'eux, plus hardi, fondit même sur le campement et s'accrocha au visage d'une archère juchée en haut d'un mirador. De ses griffes puissantes comme celles des vautours, il s'acharna.

Oui, l'assaut était lancé !

Plus loin, une nuée de corbeaux s'envolèrent, quittant la forêt protectrice au profit des cieux plus cléments. Ça s'agitait, là-bas, sous les arbres. Mais qui s'en rendait compte, dans la panique générale ?

Les créatures s'en donnaient à cœur joie. C'était étonnant de les voir attaquer ainsi, sans raison apparente. En réalité, ils n'en avaient aucune. Les dratours n'avaient que faire de l'activité des Tenaag'i et se mêlaient habituellement de leur propre existence sans se préoccuper de celle des autres. Aujourd'hui pourtant, une dizaine d'entre eux avaient quitté leur repère et s'étaient réunis pour une attaque ciblée et méthodique, deux mots qui sonnaient curieusement lorsque l'on savait de quelles bestioles il était question. Chasser, ils savaient. Chasser en groupe, non. Faire preuve d'intelligence et esquiver les projectile, revenir plusieurs fois à l'assaut, ce n'était décidément pas dans leurs habitudes. Quelle mouche les avaient piqué ? Précisément aucune. Enfermés dans leurs propres corps, ils n'étaient plus que spectateurs impuissants. D'autres étaient aux commandes...

D'une dizaine de créatures ailées, il n'y en eut bientôt plus que cinq. L'un d'entre eux venait d'essuyer l'assaut d'une jeune femme aussi sauvage dans l'attaque qu'inconsciente dans les risques. Sa témérité avait cependant payée et la créature n'avait guère eut d'autre choix que la mort. Elle s'était débattu quelques secondes, cherchant à renverser la cavalière impromptue, sur son dos, avant de se figer lorsque la lame du couteau sectionna net les connections entre sa tête et le reste de son corps. Les vertèbres séparées sans autre sommation, le dratour avait incliné la tête bêtement avant de s'effondrer, manquant d'écraser une ou deux guerrière en bas. Les ailes bougèrent encore, dernier mouvement nerveux d'une bête déjà morte.

Deux autres avaient poussé ce sifflement si particulier, rauque et menaçant. Furieux de voir leur effectif réduit. L'un avait pris de l'altitude et s'acharnait à jeter ses pierres en restant hors de portée des projectiles autant que possible. L'autre avait plongé en piqué et disparu derrière les palissades. On entendit à peine un grattement sur le bois, comme un chien qui demande à entrer, et tout à coup, il refit surface, le vol irrégulier comme les fous que la tempête malmène. Prenant appui sur le haut des remparts, le dratour se propulsa en avant, souple et agile comme un chat, et vint atterrir juste derrière Ai Vaan.

Voilà qui promettait d'être amusant ! Son bec claqua à quelques centimètres de la cuisse de sa jeune prochaine victime...

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Re: Échidna : la colère

Messagepar Borglinde Rê » 22 Déc 2009, 14:25

Des assauts, Borglinde n'en avait essuyé que trop peu. Une ou deux fois dans les montagnes peut-être, alors qu'elle et ses sœurs chassaient. À chaque assaut la même chose : ces déchets d'œuf pourrit comme elle les appelait, autrement dit des Winghox. Ils n'étaient pas très discrets à souffler comme des bœufs dont ils avaient les cornes, peu habiles à marcher sur les brindilles sèches sans les faire craquer. Des proies faciles sur leurs terres... Borglinde avait beau ne pas être fine tacticienne, elle avait en son temps défié la chef de clan en place afin de prendre la tête de Yeillstrand. Et elle y était parvenu ! Chef de clan qu'elle était, grâce à sa brutalité naturelle. Forte et peu stratège, elle intimidait ses sœurs par sa seule absence de mesure. Du coup personne n'avait été la contredire et ça lui allait bien comme ça ! Elle verrait bien, celle qui oserait la défier ! Pour l'heure, c'étaient bel et bien des dratours qui venaient semer la zizanie dans son village.

Des assauts, disions-nous, Borglinde n'en avait pas connu assez pour en avoir acquis de bons réflexes. L'organisation n'était pas son fort et pour sa défense, des assauts sur Yeillstrand de mémoire de Tenaag'a, cela n'était encore jamais arrivé. L'événement était d'autant plus déroutant que les créatures qui s'étaient déplacées pour l'occasion avaient au moins aussi peu le sens de la stratégie que Borglinde elle-même... Étonnant pourtant, la façon dont ils agissaient ! Le nez levé au ciel, notre belle blonde poussa un juron, impuissante face à la rapidité des créatures au-dessus d'elles. Elle qui préférait le corps à corps bestial était tout à coup confrontée à une attaque à distance insupportable. Les dratours redoublaient d'imagination sur les projectiles qu'ils lançaient. Pierres, lances, mottes de terre pour aveugler leurs cibles.

À quelques mètres de distance, Borglinde pu apercevoir l'une des siennes se jeter sur l'une des créature et la mettre à terre. Un sourire fugitif éclaira son visage avant qu'à sa droite surgissait un autre dratour qui se posa juste derrière Ai Vaan. Borglinde hésita une seconde. Elle se demanda vaguement si cela ne servirait pas de leçon à Ai Vaan de perdre un morceau de sa cuisse dans la bataille avant de se raviser. Derrière elle, elle venait d'entendre la voix d'une archère qui ordonnait de cribler le dratour d'une volée de flèches.

« Et si vous le ratez, vous abattrez votre sœur ! » hurla la chef plus ironique qu'autre chose.

Dégainant enfin son épée, elle se jeta alors dans la mêlée en s'interposant entre les archères et le dratour. L'animal s'était retourné, alerté par la voix de son ennemie. La pierre qu'il tenait encore entre ses serres fila tout droit en direction de Borglinde qui s'en protégea d'un bras et encaissa le choc en tordant la bouche de douleur. Touchée, et pas avec tendresse !

Par Saan Vean, cet oiseau de malheur allait lui payer cet affront !

Borglinde était robuste. Moins élancée que ses sœurs et moins fine, elle était bâtie comme ces femmes Winghox, les cornes en moins. Dotée d'une brutalité naturelle et d'une force peu commune, elle n'avait jamais cherché à développer d'autres qualités. Le corps à corps était donc sa meilleure qualité. Malheureusement, Borglinde avait également hérité à la naissance d'une fierté démesurée, et il lui arrivait bien trop souvent de faire des choses insensées juste pour prouver à toutes qu'elle méritait sa place en tant que chef de clan. Personne ne prétendait contester son poste pourtant, mais la jeune femme se méfiait et se sentait constamment menacée par les plus jeunes et – elle en avait conscience – les plus expérimentées. Ai Vaan faisait partie de celles-ci, et il était temps de lui démontrer qu'elle ne pouvait pas espérer prendre sa place !

Elle grogna sous le coup de la douleur et se lança dans un assaut quasi suicidaire. Le dratour la regardait foncer sur lui, claquant son bec décharné en guise de menace. Ce que Borglinde n'avait pas prévu, c'est que les créatures qui les assaillait aujourd'hui n'étaient pas animées par leur volonté propre. Non. Un Pelel'je à l'intérieur épiait avec intelligence.Si bien que Borglinde, l'épée brandie, faucha l'air devant elle en espérant couper en deux la créature qui la défiait. Mais le dratour avait évité l'estoc, et la jeune femme en fut quitte pour perdre un temps précieux à esquiver ses représailles ! Elle donna, pour se défendre, d'autres coups moins rapides que violents. Dans le feu du combat, elle entendit les cris d'assaut des guerrières venues l'aider, le sifflement de douleur des dratours abattus ou blessés. Se servant de la garde de son épée comme le prolongement de son bras, elle porta un coup de poing devant elle, cherchant d'avantage à faire des dégâts qu'à viser... Cette fois, le dratour s'écroula, sonné.

Un nouveau grognement se fit entendre dans les profondeurs de la forêt. Les dratours restant sifflèrent à en rendre sourdes toutes les Tenaag'i avant de se propulser dans les cieux et de disparaître. Puis ce fut le silence... et le calme à nouveau.

Tosca n'était plus parmi les chèvres.
C'était comme si rien ne s'était jamais produit et pourtant, toutes restaient encore sur le qui-vive, abasourdies par les événements.

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