En camp ennemi

Accroché à flanc de falaises comme un oiseau de proie, tout au sud de Nideyle, ce village défie les flots et les vents du large. Ses habitants ne sont autre que les puissants guerriers Winghox à l'hospitalité mitigée.

En camp ennemi

Messagepar Archélas Ages » 12 Juil 2011, 20:44

Précédemment : Barbares, nous voici !
*°*°*°*°*°*°*°*°*

Si Archélas s'était d'abord hâté comme il avait pu pour ramasser le plus d'affaires possible, rechignant à laisser les deux barbares se rincer l'œil chaque fois que sa féline se baissait, il fini par changer d'avis en récupérant le sac. S'il mettait tout lui-même à l'intérieur, Ceithli ne pourrait rien y récupérer, et les deux autres ne comprendraient pas qu'ils s'y mettent à deux pour ranger. Il n'y fourra donc que ses propres affaires et laissa à sa féline le soin d'y glisser les siennes. Il grimaça en revanche lorsqu'il dut rouler ses vêtements en boule. Ils ne sècheraient jamais... et voir sa rapière entre les mains de ces imbéciles pas si imbéciles que ça lui fendait presque le cœur. Ils examinaient l'arme légère d'un air circonspect, sans trop comprendre comment on pouvait manier une arme presque moins épaisse qu'une aiguille à tricoter. De leur avis – qu'ils ne se gênèrent pas de formuler à voix haute – ce n'était pas une arme d'homme. Et donc, Archélas ne devait pas en être vraiment un...

Sous le regard agacé du soldat, ils entravèrent Ceithli d'une chaîne autour du cou, et s'il failli exprimer sa façon de penser à coups de poings, il parvint à tout retenir à l'intérieur et à s'asseoir sur sa fichue fierté qui lui dictait de s'énerver de tout. Pas une seule fois il n'avait été humilié de la sorte, et il trouvait plus humiliant encore le sort réservé à sa féline. Mais il s'était promis de son montrer raisonnable, et de ne plus agir sous ses impulsions irréfléchies et dangereuses. Ceithli en avait suffisamment pâti.

Il inspira profondément. Il allait avoir besoin de ses forces pour marcher, suivre, supporter son propre agacement, et peut-être un peu plus si l'occasion se présentait. S'enfuir, se battre... il ne savait pas trop. Les deux Winghox lui laissèrent le temps d'enfiler ses bottes, ricanant de les voir tout deux si peu vêtus. Quelques réflexions déplaisantes entaillèrent encore le moral d'Archélas, à propos de ce qu'il faisait et avec qui... ou avec quoi. L'espace d'une seconde il se crut revenu sur le Hart Nacré, Chaemil lui envoyant ses mesquineries à la figure avec mépris. Et ils se mirent en avant, presque nus, désarmés, délestés de force du sac même, un peu idiots au milieu des plaines. Les barbares derrière eux avaient fini par laisser une petite distance les séparer et marmonnaient entre eux, ce qui ne fut pas pour rassurer le soldat. Ceithli lui offrit un sourire qu'il fut incapable de lui rendre, malgré une réelle intention de la rassurer. Et ainsi marchèrent-ils en silence un long moment.

Ils traversèrent leur ruisseau sur un pont grossier fait de gros troncs jetés d'une rive à l'autre, et continuèrent ainsi, tout droit vers le sud... vers nulle part d'après Archélas. Il n'y avait pas âme qui vive et seul une petite horde de Teigne croisa leur route sans même les regarder.

« Ces saletés sont de plus en plus nombreuses... » grogna celui à la hache.

Et ce furent pratiquement les seules paroles à être prononcées de tout le voyage. Le ventre presque vide depuis des heures, Archélas commençait à s'ennuyer. Il aurait bien aimé faire une pause, boire, prendre Ceithli dans ses bras. Mais les deux autres ne les laissaient pas même ralentir l'allure, et leur grosse voix s'élevait dès qu'ils estimaient nécessaire de motiver leurs prisonniers à avancer avec plus d'entrain. La luminosité commençait à décliner. Bientôt, quelques parcelles clôturées firent leur apparition, perdues au milieu des herbes rases. Les troupeaux de boucs malodorants les regardèrent passer du haut de leur petit air revêche, mais toujours pas de village.

« À gauche ! »

Archélas tourna vers la gauche, sans trop savoir où il allait, jusqu'à ce qu'un chemin apparaisse enfin, l'un de ceux que le passage répété des hommes façonne, et qui se perd sous la végétation têtue aussitôt qu'il n'est plus emprunté. Les jambes fatiguées mais les reins bien au chaud, il avançait, jetant parfois un regard inquiet vers la jeune femme entre deux « on a connu pire » à peine murmurés. Puis le vent se fit plus présent, plus mordant et l'immensité de l'océan se présenta de nouveau devant eux. Le chemin boueux s'était élargit, et le soldat n'en revint pas lorsqu'il le vit plonger à pic derrière la crête des falaises dont ils se rapprochaient. Allaient-ils être jetés à la mer, comme Hyacinthe le Docte jetait les belligérants par-dessus bord ? D'instinct, il ralentit, ce qui ne sembla pas alarmer leur escorte, et pour cause. À quelques mètres seulement du bord, il aperçu enfin un escalier aux pierres coupantes, taillé à même la roche qui se dressait face à l'océan.

Son cœur se mit à battre. Le vertige ne lui était pas particulièrement familier mais il devait bien admettre que le vide en dessous et autour, et le vent qui les giflait avec violence avaient de quoi le déstabiliser. En fin de compte, il réalisait qu'ils n'auraient jamais pu observer le village de loin comme il l'avait prévu, à moins de l'observer depuis les flots. Et là encore, ils auraient eut tôt fait d'être repérés, le village Winghox offrant un panorama dégagé sur des kilomètres à la ronde. Une chance, finalement, qu'ils soient "invités" à y entrer.

Wingdrakk se déclinait en étages, défiant la mer depuis ses hauteurs, et une multitude d'escaliers desservait les différentes places. C'était à la fois un labyrinthe et un fort dont il nota chaque détail avec un mélange d'intérêt et d'effroi. Les lieux semblaient impossible à prendre. Y envoyer les troupes reviendrait à organiser un suicide collectif, d'autant que les habitants n'avaient rien d'enfants de chœur.

« À droite ! »

Archélas bifurqua.

« À gauche. Celui du milieu. Le deuxième à droite. » récitait chaque fois celui à l'arbalète.

Et Archélas tournait, montait les marches pour descendre plus loin, baissait la tête pour passer sous une arche creusant la falaise. Les villageois sur leur passage laissaient éclater leur rire guttural, les gratifiant d'obscénités. Beaucoup les prenaient pour des Tenaag'i, trop loin pour apprécier l'étendue sans fond du regard de la Morphe. Aux étages inférieurs, ils levaient le nez en direction de Ceithli en souriant au spectacle. Au étages supérieurs, ils crachaient avec dégoût sur ceux qu'ils considéraient comme des prisonniers de guerre. Des barbares, en somme.

« La porte à droite. »

Archélas s'arrêta devant la trouée de pierre. Une petite arche, haute comme un homme, mais pas de sol. Seulement un trou dont on ne voyait pas le fond à moins de s'y pencher. Et comme il hésitait, celui à la hache l'aida un peu en le poussant du pied, réservant le même sort à Ceithli.

Panique.

Le soldat s'écorcha cruellement les mains en tentant de se raccrocher à tout et n'importe quoi, autrement dit à la roche coupante à laquelle il s'arracha les ongles, jusqu'à ce qu'une sensation glaciale le fige totalement. Les yeux écarquillés de stupeur – et autant l'admettre, de terreur – il ne réalisa qu'à retardement qu'il était sous l'eau. Ses jambes rencontrèrent le fond pierreux suffisamment brutalement pour lui faire mal. Ceithli précipitée à sa suite s'écrasa sur son dos, mais à cet instant il ne priait que pour une seule chose : qu'elle n'ait rien ! Il se redressa vivement, l'adrénaline revenu à l'assaut de ses veines, et aspira l'air à grandes gorgées en émergeant. L'eau leur arrivait à mi-poitrine... et elle était véritablement glacée !

« Ceithli ? Ça va ? La chercha-t-il en pivotant sur lui-même, agitant les bras comme un noyé qui a pieds.
_ Baluchon timide couplé à un sac sans fond, tente-hérisson... résonna une voix rauque que l'écho rendait encore plus lugubre. Et vous espérez nous faire croire que vous venez pour l'Antiquaire ? En bateau ? Avec tout un équipage et des armes ? »

Un crachat s'échoua sur la joue d'Archélas.

« On verra ce qu'en dit le chef ! »

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Re: En camp ennemi

Messagepar Ceithli » 12 Juil 2011, 23:10

Voyant parfaitement dans le noir, la féline gardait un calme olympien. De toute manière, elle n'avait pas le choix, si elle venait à s'énerver, la chaîne à son cou se resserrait et l'étranglait, aussi prenait-elle son temps pour respirer calmement, ne se souciant pas des paroles malsaines prononcées par les deux idiots derrière elle, comme si aucun des deux n'avait jamais cherché à se taper une morphe si elle était un temps soit peu bien roulée.

Serrant les dents, regardant droit devant elle, la féline descendit souplement les marches de pierres, déambulant dans les rues sans la moindre gêne malgré sa tenue. Elle esquiva un pas de côté lorsqu'elle entendit le crachat au-dessus de sa tête, mais dévoilant alors un spectacle intéressant pour ceux d'en-dessous, quoi qu'elle se demandait si ils pouvaient voir quelque chose dans cette obscurité. Les lumières de la ville n'étaient que des torches protégées aussi ce n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler un éclairage.

Cependant, la douve, elle, elle la voyait bien! Et si elle aurait bien aimé éviter de sauter sur son compagnon, elle fut poussée sans ménagement et atterrit sur son dos. L'eau était glacée et elle étouffait à cause de la chaine... mais maintenant au moins, elle pouvait l'enlever et se mit à tourner dans tous les sens jusqu'à trouver le maillon à décrocher et le jeter au fond de l'eau... alors qu'ils examinaient leur équipement, ils ne semblaient pas croire qu'ils étaient venus faire des achats... elle leva alors les yeux et se mit à crier


«Regardez plutôt les vêtements qu'on a bande de buses!! Votre antiquaire proposerait des vêtements inusables, insalissables! Vous croyez quoi? Qu'on trouve ça dans les villes paumées du Nord peut être? Et c'est vrai qu'on est vachement bien armés pour parcourir les terres du Sud hein? Vos cornes sont trop vissées dans votre crane pour que vous puissiez réfléchir correctement! »

Elle glissa alors et se retrouva dans l'eau, juste à temps pour esquiver un carreau d'arbalète qui effleura tout de même son épaule. Lorsqu'elle ressortit, elle cracha, toussa et ses dents claquaient toujours par le froid

«La ferme minette... on peut pas vérifier ce qu'il y a dans votre sac! »
- «Ben laissez nous sortir et on le déballera! Oui y'a de l'équipement! Fallait quand même qu'on puisse venir jusqu'ici en vie non bordel?»


Sa voix était rauque, furieuse... et le winghox décocha une nouvelle flèche, mais elle voyait très bien dans le noir et put bouger pour l'esquiver à nouveau... elle haussa alors un sourcil amusé

«Désolée mais moi je vous vois très bien! L'un de vos copains winghox m'a fait un joli tatouage de chat! Comment il s'appelait déjà... Rannveig? »

Il y eut alors un grand silence... puis des grognements et puis plus rien... continuant de nager, la jeune femme ne semblait pas trop comprendre, mais visiblement le nom de Rannveig avait porté ses fruits.

Elle s'approcha d'Archélas pour s'assurer qu'il allait bien, jusqu'à ce qu'ils entendent juste l'un des winghox cracher
«On verra ce qu'en dit le chef ! »

Elle remarqua que la salive avait atterri sur la joue de son amant, aussi leva t'elle les yeux au ciel jusqu'à ce qu'une femme se fasse entendre

«Qui a parlé de Rannveig?»
- «Une morphe guépard...»


Elle se pencha alors, deux grandes cornes dressées au-dessus de sa tête, des cheveux d'un intense rouge sang... la peau brune... les yeux.. vairons. La féline venait de comprendre pourquoi le nom de Rannveig avait porté ses fruits... Elle avait ramené ses bras autour de ses épaules et Archélas était venu l'entourer des siens pour qu'ils se réchauffent un peu mutuellement...

«Quel Rannveig?» demanda t'elle à Ceithli
- «J'en connais qu'un... Vrass... Vrass Rannveig, et je dois reconnaître que vous lui ressemblez beaucoup... vous êtes sa sœur j'imagine?»
- «Oui. Où est-il?»
- «Vous croyez vraiment que c'est l'endroit pour prendre le thé et parler de souvenirs de familles? Laissez nous sortir de là, nous réchauffer et nous restaurer un peu et je vous dirai tout ce que je sais! Sinon je me transforme en guépard et deviendrai alors muette!»
- «Tu sais qu'on peut torturer ton compagnon?»
- «Si je suis en guépard, sa torture ne m'affectera pas!»


Ce n'était pas tout à fait vrai, mais là, elle jouait sur le bluff... la femme se mit alors à rire

«C'est sur que c'est pas une Tenaag'a celle là... sortez les de là, enchaînez les et emmenez les dans mes caves! Et s'ils se laissent guider sans résistance, filez leur l'un des repas des autres prisonniers... un peu de jeûn ne leur fera pas de mal!»
- «Ok Fhran...»
rajouta l'un des hommes d'un ton sec.

Allons bon... la sœur du tatoueur semblait avoir de bons amis dans le coin... C'était bien leur veine... on leur donna une échelle et ils purent sortir, avec de grandes difficultés. Leurs membres étaient engourdis par le froid, tétanisés même, mais une fois dehors, ils furent tous deux assommés d'un coup sec derrière la tête...

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle avait des chaines aux poignets, aux chevilles et un anneau d'acier autour du cou. Archélas n'en avaient qu'aux poignets et aux chevilles. Ils avaient été habillés de vêtements secs et inconsciemment la jeune femme porta sa main à son intimité pour s'assurer qu'il ne s'était rien passé. Aucune douleur. Elle soupira de soulagement. La chaleur était étouffante et ils n'étaient pas seuls. Des hommes et des femmes dormaient, attachés aussi de l'autre côté de cette cave qui devait bien faire la taille d'une salle de restaurant. Devant eux, on avait posé quelque chose qui ressemblait vaguement à de la soupe et du pain, mais elle était épaisse comme de la mélasse... rien de bien appétissant, elle se disait presque qu'elle aurait préféré manger un rat. Elle se tourna alors vers Archélas qui dormait encore. Maintenant il ne restait plus qu'à savoir ce qu'ils allaient faire. Est-ce qu'ils allaient vraiment dire tout ce qu'ils savaient sur Vrass? Ils ne le connaissaient pas, ils ne lui devaient rien. Elle savait même où se trouvait sa boutique aussi était-elle surement celle qui en savait le plus. Mais qu'est-ce qui leur disait qu'ils n'allaient pas les tuer après? Certes... cette winghox les avait bien sorti des douves, et elle les avait habillés, réchauffés et nourris... mais elle semblait bien aimer les esclaves... il allait falloir trouver une idée, et vite...

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Re: En camp ennemi

Messagepar Archélas Ages » 13 Juil 2011, 00:58

Inquiet pour Ceithli une seconde, inquiet pour leur sort la suivante. Lui qui s'était amèrement détesté d'agir sottement sous l'impulsion se retrouvait abasourdi par la répartie de sa compagne. À dire vrai, c'était bien la première fois qu'il la voyait s'énerver autant, et si ses réflexions prêtaient à sourire, il aurait quand-même préféré qu'elle évite de les provoquer autant...! En attendant, son pendentif ne diffusait pas suffisamment de lumière pour lui permettre de distinguer ce qui se passait au-dessus de sa tête, aussi se concentra-t-il sur la jeune femme, plus proche de lui. La voyant trembler – sans vraiment savoir si c'était de colère ou de froid – il la serra contre lui. Lui aussi était frigorifié, et il trembla un peu plus en entendant le nom de Rannveig franchir les lèvres de sa féline. S'il y avait bien un nom qu'il n'avait pas envie d'entendre à l'heure actuelle, c'était bien le sien. Et de la bouche de Ceithli, ça sonnait presque comme une trahison. Ce sale petit...

« Euh... »

Sa voix venait de s'étrangler sous la promesse qu'une fois guépard, celle qu'il tenait entre ses bras se moquerait bien de son sort à lui. Bien sûr il se doutait bien qu'elle n'avait dit cela que pour clouer le bec de la sœurette du tatoueur – vous parlez d'une famille – mais tout de même... il n'avait pas trop envie de prendre le risque d'en faire les frais...

« … tu es folle... »

Ponctuant sa phrase, à peine murmurée entre deux claquements de dents, un écho lui fit lever les yeux. Une échelle à cordes leur avait été jetée. Archélas aida Ceithli à se hisser le plus haut qu'il put la porter avant de la suivre, tremblant, les muscles engourdis, les bottes glissant sur les barreaux qui ne cessaient de se balancer. Et lorsqu'enfin ils furent à l'air libre, essoufflés après leur ascension pénible, ce fut la douleur, et le noir complet.

*°*°*°*°*°*°*°*°*
Sa douleur à l'épaule vient de le réveiller, et il ouvre les yeux sur une migraine comme il n'en a jamais connue. Juste au-dessus de lui, sa mère lui sourit et éponge son front, les traits tirés sur une inquiétude qu'elle ne sait pas dissimuler. Cette scène, il lui semble l'avoir déjà vécue, mais ce n'est pas possible. C'est sans-doute parce qu'il est blessé qu'il éprouve cette sensation. Il bat des cils un instant pour chasser l'étourdissement dont il est victime, et ses derniers souvenirs lui reviennent en mémoire. C'était la première fois qu'il montait à cheval... et ça n'a pas duré longtemps. Clavicule cassée. Son père est retourné à Ephtéria rendre la monture indocile. Il en veut une autre, plus facile, moins susceptible de tuer son fils. Et sa mère s'occupe de lui. Archélas veut ouvrir la bouche pour lui dire que tout va bien mais son père entre à ce moment là. Lui aussi semble fatigué.

Son regard se pose sur la table, puis sur le chaudron pendu à sa crémaillère, dans la cheminée. Ses sourcils se froncent, et son visage furieux se tourne vers son épouse.

« La table n'est pas mise ?!! »

Archélas regarde sa mère sans comprendre. Docile, elle abandonne le linge humide qu'elle lui passait sur le front pour se précipiter et dresser le couvert à la hâte, sous l'œil attentif de son père. Il a cet air déçu, presque défiant. Jamais il n'a levé la main sur elle, et il l'aime. À la façon dont les Ephtérois l'entendent : soumise, silencieuse, efficace à la tâche. Archélas la veut près de lui. Il a mal, et le dîner est le cadet de ses soucis, mais au moment où il entrouvre les lèvres, il s'entend appeler Ceithli. Sa mère se tourne alors vers lui, et le visage fatigué encadré de la chevelure brune comme la suie se fait plus pâle, plus jeune, caressé par des mèches d'or et de jais. Les yeux aux reflets du ciel deviennent deux puits sombres, et la lueur inquiète devient une tristesse infinie. Archélas interroge son père du regard et frissonne en reconnaissant son propre visage. Les yeux bleus, le teint hâlé, les cheveux éternellement en bataille, et cette expression qui le laisse interdit.

Non, il n'est pas comme ça. Il ne veut pas.

*°*°*°*°*°*°*°*°*

Sa douleur à l'épaule vint le réveiller, et il ouvrit les yeux sur une migraine comme il n'en avait connue qu'une seule fois. Tournant la tête mollement, il accrocha le visage de Ceithli à ses côtés et, encore à moitié dans ce rêve-souvenir, s'excusa platement de son comportement égoïste, profitant de l'occasion pour se traiter de mufle et d'autres choses moins gentilles encore. Puis il se tut, réalisant qu'ils n'étaient pas seuls, qu'ils n'étaient pas chez lui... et qu'il avait les pieds et les mains liés ! Battant des cils pour chasser la migraine qui le clouait au sol, il tenta de réfléchir à toute vitesse jusqu'à ce que ces derniers souvenirs ressurgissent d'eux-même. L'amour, la pluie, les cornes, le trou, l'eau, l'échelle, le néant. Une sueur glacée perlait sur sa peau. Il grogna en se relevant, fermant les yeux comme pour mieux encaisser la douleur. La pièce tangua quelques secondes avant de se stabiliser enfin tandis qu'il se mordait la joue au sang pour résister et ne pas risquer d'inquiéter la jeune femme. Il ne remarqua même pas qu'il était habillé et au sec, ne ressentant guère autre chose qu'un froid persistant. Et pourtant, ce n'était vraiment pas le moment de battre de l'aile !

« Est-ce que ça va ? »

Attendant la réponse de Ceithli, il observa un peu mieux l'endroit où ils se trouvaient. Une cave, à en juger l'odeur de moisissure et l'absence absolue de fenêtres. Des hommes et surtout des femmes aussi entravés qu'eux les jaugeaient d'un drôle d'air, comme s'ils leur reprochaient de s'être fait prendre avant d'avoir pu les libérer. Le tableau était assez curieux, composé d'hommes sans cornes mais pas très beaux ou malingres, et de femmes magnifiques – sans cornes, cela allait sans dire – dont la mine peu réjouie aurait fait trembler Manôlis de Guttenvald lui-même. Et du peu qu'il avait compris, Archélas estima qu'il devait s'agir de Tenaag'i. Instinctivement, il eut un petit pincement au cœur de penser que ceux-là n'étaient peut-être pas « entiers »... Pensée saugrenue qui s'envola aussitôt que la trappe s'ouvrit sur un visage fin, une chevelure rouge, et deux yeux vairons entre une paire de cornes robustes. C'était donc cette femme que Ceithli avait aperçue grâce à son tatouage.

« Ils sont réveillés les amoureux ? »

Constatant que oui, elle descendit escortée d'un Winghox aussi haut que large. Son mari ? Son frère ? Son père ? Personne peut-être... tant qu'ils ne frappaient pas, ça n'avait pas vraiment d'importance.

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Re: En camp ennemi

Messagepar Ceithli » 13 Juil 2011, 01:47

«Je vais bien...»

Elle prit à son tour son visage dans ses mains pour y déposer un baiser. Jetant un œil sur les autres «prisonniers» elle remarquait surtout que la cave était encore en construction, il y avait clairement des traces de travaux, creusés à même la roche. Des pioches, des burins, il y avait de tout et de rien pour creuser, et vue la manière dont ils étaient allongés à même le sol, ils avaient désormais l'habitude d'être ainsi traités, ce qui n'enlevait pas leur côté miséreux. Maintenant qu'ils s'habituaient aux nouveaux venus, ils détournaient le regard et essayaient à nouveau de dormir.

C'est alors que la winghox débarqua avec un homme imposant. Selon elle, il n'y avait aucun air de famille, la femme était habillée de manière assez... élégante? Mélange de robustesse et de féminité c'était assez étrange. L'homme semblait être un genre de garde du corps


«Oui, nous sommes réveillés. Merci pour le repos forcé...»
- «Je ne pouvais pas prendre le risque que vous me sautiez à la gorge ma chère!»


Ton clairement ironique... la féline préféra ne rien dire. Elle se leva aussi pour se mettre à côté d'Archélas, même si c'était plus difficile pour elle puisqu'elle était attachée par le cou.

«Bien, j'ai accédé à vos demandes, vous êtes reposés, réchauffés, habillés et vous avez de quoi manger au sec! Peu de prisonniers peuvent se vanter d'avoir un tel traitement... alors dites moi ce que je veux savoir... où est-il?»

Au moins elle ne perdait pas de temps. Aussi la féline estima qu'elle devait y aller doucement sur les informations

«La dernière fois que nous l'avons vu, c'était à Balaïnes. Mais il ne vit pas là bas.»

La winghox la regarda alors d'un air intéressé, gardant toujours assez de distance pour ne pas qu'ils puissent bondir sur elle. L'homme à ses côtés avaient une épée à la taille.

«Comment vous le savez?»
- «Parce qu'il ne s'habille pas comme les gens du Nord!»
la féline marqua un léger temps de repos... elle savait qu'elle n'avait pas le choix, heureusement que le tatoueur n'était pas un ami, au contraire il était probable qu'Archélas ne soit pas mécontent s'il venait à lui arriver quelque chose, cependant elle était sa sœur, elle ne lui voulait surement pas vraiment de mal «Il habite à la Basse Ville... dans les ghettos. Sa boutique de tatouages est là bas...»

- «Une boutique de tatouages? C'est une plaisanterie?»
- «Non. Et croyez moi, même si ça fait mal de le reconnaître, il est très doué...»


Elle montra alors le tatouage à son poignet. La winghox baissa les yeux pour regarder le dessin, elle semblait toujours avoir du mal à la croire... mais là, elle ne savait pas trop quoi dire d'autre

«Sa réputation a envahi une grande partie du Nord de Nideyle. La première fois que j'avais entendu parler de lui, c'était à Ephtéria... je suppose qu'il y a une bonne raison si sa réputation n'est pas venue jusqu'ici?»

La femme fronça les sourcils, oui il y avait une bonne raison pour laquelle on n'ait pas entendu parler de lui jusqu'ici. Son regard se posa sur les yeux bleus d'Archélas qui semblaient lancer des éclairs chaque fois que la féline ouvrait la bouche pour parler de lui, encore plus lorsqu'elle avait mentionné qu'il était doué. Visiblement il n'avait pas changé, et elle avait vu un tatouage aussi sur le dos du soldat, preuve qu'il était aussi passé sous les doigts agiles de son frère.

«Décrivez le moi. Comment est-il maintenant?»
- «Dans la mesure où je ne sais pas depuis combien de temps vous ne l'avez pas vu.. je vous dirais qu'il est grand... plus d'1,80m je dirais, bien musclé. Ses cheveux sont longs, et rouges comme les vôtres et il a un œil bleu et un œil marron, comme vous. Et puis bien sur, si vous ignoriez qu'il était tatoueur, c'est qu'il ne devait pas avoir encore ses tatouages, mais oui maintenant il en a beaucoup. Sur les épaules principalement, désolée je ne l'ai pas admiré sous tous les angles. En tout cas... il est... je dirais plutôt bel homme? Probablement puisqu'il semble déterminé à séduire plus ou moins tout ce qui bouge...»


Elle avait hésité en se tournant vers Archélas pour s'assurer qu'il ne lui en voudrait pas de dire une telle chose, mais en réalité, c'est la sœur qu'elle aurait du surveiller car elle s'était violemment avancé et lui avait mis une gifle magistrale qui lui donna l'impression de se faire arracher l'œil... ce fut là que le winghox intervint

«Non Fhran! » son ton était simplement réprobateur, on ne percevait ni colère ni inquiétude, il s'agissait d'un ordre.

Elle se retourna alors et baissa la tête, grimaçant de colère avant de reculer d'un pas en mettant ses mains dans son dos, avalant sa salive avec difficulté alors que Ceithli mettait une main sur sa joue enflée, incrédule ne comprenant pas trop ce qui lui avait pris. L'homme avança alors et croisa les bras sur son torse en plongeant son regard dans celui de la jeune femme


«Vous dites que son domicile est dans les ghettos?»

La féline le regarda un moment, elle aurait bien aimé savoir qui il était celui là.. mais elle hocha la tête pour confirmer

«Je vois. Vous resterez ici pour cette nuit. Et on verra ce qu'on fait de vous demain. Si vous êtes vraiment venus pour faire des achats comme vous dites, nous vous rendrons vos affaires, un garde restera avec vous jusqu'à ce que vous ayez terminé et vous dégagez d'ici! Vous n'irez nulle part ailleurs que dans les boutiques... j'ai bien dit nulle part. Vous êtes parvenus jusqu'ici, vous vous débrouillerez pour repartir.»

Elle le regarda un instant, l'air incrédule

«Où est le piège? Vous êtes qui?»

Un sourire se dessina sur les lèvres du winghox qui se retourna pour partir, rapidement suivi par la jeune femme

«Ça... vous le saurez demain. Un conseil, profitez d'une bonne nuit de sommeil, et mangez.»

Et ils sortirent de la cave. Attendant un moment qu'il n'y ait plus le moindre bruit de pas, elle tomba à genoux, les bras tendus devant elle alors qu'enfin les larmes commençaient à couler. Elle se laissait de nouveau envahir par la peur, la colère... elle ne comprenait pas, qu'est-ce que c'est que ce peuple? Pourquoi la winghox l'avait-elle frappée? Qu'avait-elle dit? Et lui? Qui était-ce? Un chef? Il ne ressemblait pas à Vrass, elle doutait qu'il soit de la même famille, ou peut être un cousin alors. Mais plutôt une sorte de supérieur, peut être que cette Fhran elle-même n'est pas chez elle en fait ici... comment pouvait-elle savoir? En tout cas, ils étaient vraiment mal barrés... il avait beau dire qu'ils les laisseraient faire les boutiques et repartir, lorsqu'elle avait parlé d'un piège, il n'avait rien démenti... elle était désormais parcourue de tremblements, pleurant encore alors qu'au loin elle entendait une femme dire quelque chose comme «ça fait toujours ça la première fois...» et finalement elle força sur ses bras pour se mettre au moins à genoux, mettant ses mains pleines de terre sur ses yeux pour dissimuler ses larmes nerveuses et essayant de calmer ses hoquets... oui elle commençait à se laisser gagner par la peur...

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Re: En camp ennemi

Messagepar Archélas Ages » 13 Juil 2011, 23:36

En d'autres circonstances, Archélas aurait peut-être apprécié ce baiser pour ce qu'il était, à savoir un maigre réconfort dans une situation désespérée. Mais avec tous ces regards braqués sur eux, il ne ressentit rien d'autre qu'un embarras un peu vexé. Définitivement, il n'aimait pas qu'elle fasse ça devant tout le monde, même s'il se garda bien de le lui rappeler cette fois-ci. Ses yeux s'attardèrent sur les fers qu'elle portait, et particulièrement sur celui qu'elle avait autour du cou. Ça ne lui plaisait pas du tout, d'autant que pour cette entrave là, il ne suffirait pas de trouver le maillon pour s'en défaire. Il fronça les sourcils, contrarié et anxieux, et détailla de nouveau la pièce. Quelques outils pouvaient se révéler utiles pour briser leurs liens, les pioches notamment. Mais où aller ensuite ? Il dut faire un effort de réflexion pour se remémorer le plan très vague qu'il avait pu tirer de Wingdrakk, et se rendit à l'évidence qu'ils n'avaient que peu de chance de s'en sortir vivants. Les rues étaient trop peuplées, trop étroites, trop dangereuses à emprunter dans la précipitation, et les villageois étaient trop armés. Et par dessus le marché, ils ne pouvaient même pas espérer passer inaperçus. Ses yeux se posèrent sur les autres prisonniers, comme s'il cherchait à savoir s'ils pouvaient s'avérer utiles.

Il se heurta à des expressions décidément curieuses. Les femmes le regardaient lui avec mépris et Ceithli avec un mélange de colère et de dégoût après sa petite démonstration d'affection. En somme, il se sentit moins apprécié de ces demoiselles que des Winghox eux-mêmes... Les hommes en revanche affichaient un air terrifié de voir Archélas debout et relativement alerte, observant les alentours avec intérêt là où eux-même préféraient baisser les yeux comme s'ils étaient soumis. Et tout à coup, ce fut là. Juste sous son nez. Son regard clair alla des femmes aux hommes. Les premières semblaient en meilleur état que les seconds, comme si elles mangeaient mieux, parce qu'elles se servaient les premières. Surtout, aucune d'elles n'étaient mutilées alors que rares étaient leurs semblables à qui il ne manquait pas quelque chose – même si ça n'était pas toujours visible. Aussi, bien que le soldat ne connaisse absolument rien ni aux coutumes locales ni aux peuples Winghox et Tenaag'i, il commençait à comprendre quelques subtilités dans les comportements qu'il observait. Manifestement, il y avait quelques divergences d'opinion dans la manière qu'avaient les uns et les autres de traiter leurs femmes ou leurs hommes. Archélas ferma les yeux un instant pour reprendre ses esprit. Finalement, il n'était pas mécontent d'être né loin de toutes ces absurdités...

Et puis la trappe s'ouvrit, et la dénommée Fhran descendit les rejoindre, escortée d'un jeune homme robuste et sûr de lui. D'un autre côté, qui ne le serait pas dans pareille situation ? Combien de fois avait-il assisté à ce genre de scène sordide... sauf qu'il était de l'autre côté. Et si ce n'était déjà pas agréable de voir des prisonniers terrifiés être interrogés, ça l'était encore moins d'être soi-même les prisonniers ! Pour l'heure, son avis n'était pas sollicité et la femme s'adressait à Ceithli davantage qu'à lui, même si l'homme qui l'accompagnait ne se privait pas de les détailler tous les deux avec une curiosité déplaisante. Quelques mots le firent tressaillir. Il n'aimait pas trop que Ceithli révèle les noms des villes à tour de bras... il aimait encore moins lorsqu'elle prétendait que ce petit fumier de tatoueur était bel homme, ou qu'elle ne l'avait pas admirer sous tous les angles. Si son tatouage de Tecoluta ne lui avait pas sauvé la vie, il l'aurait tué... à condition de rentrer sur ses deux pieds... En attendant, il serrait les poings à s'en faire blanchir les phalanges, comme s'il broyait entre ses doigts la gorge de ce Vrass Rannveig. La seconde suivante, il se vit plutôt en train d'arracher les yeux de la sœurette qui venait de gifler sa féline. Les Winghox étaient cinglés !

Heureusement, l'homme venait de juger utile d'intervenir, et sans avoir à hausser le ton, calma mademoiselle Rannveig d'un seul coup. Par acquis de conscience, Archélas lança une œillade vers les prisonnières. Elles semblaient outrées de la soumission de Fhran. Il avait donc vu juste. Malheureusement, ça ne l'avançait pas à grand chose, et il sursauta lorsque la trappe claqua derrière leurs deux visiteurs. On ne lui avait rien demandé à lui, mais il se doutait bien que son tour viendrait. Battant des cils pour se réhabituer à l'obscurité, il eut tout juste le temps d'apercevoir Ceithli s'effondrer, sans réaliser tout de suite ce qu'elle faisait. Ce ne fut que lorsqu'il l'entendit pleurer qu'il comprit et qu'il s'agenouilla à son tour pour la prendre dans ses bras. Ce n'était pas aussi agréable qu'il l'aurait souhaité à cause de leurs fers, mais c'était tout ce qu'il pouvait lui offrir de mieux à l'instant. Il l'attira doucement à lui, la guidant gentiment afin qu'elle enroule ses bras autour de lui tandis qu'il s'occupait d'essuyer lui-même ses larmes du revers de ses manches. Peut-être parce qu'il n'avait pas eu à parler, il se sentait capable de résister pour deux, même si quelque part il s'en voulait cruellement d'avoir embarquée la jeune femme dans cette mission.

« Chuuut... calme-toi, je suis là... » Murmurait à peine sa voix entre deux cliquetis de chaînes.

Il la berça jusqu'à ce qu'elle se calme, ne daignant la lâcher qu'une heure plus tard afin de l'obliger à manger. La mélasse était aussi infecte que son apparence le laissait envisager, mais il avait trop faim pour s'en plaindre. Il entreprit même de nourrir Ceithli lui-même à la cuillère, comme un nourrisson, s'assurant ainsi qu'elle mangeait et profitant de l'occasion pour rester le plus près d'elle possible. Lorsqu'ils eurent terminé leur repas, il s'assit contre la roche et plaça la jeune femme entre ses jambes pour la nuit, son torse lui servant d'oreiller et ses bras de couverture comme s'il craignait qu'on la lui enlève pendant son sommeil... s'il le trouvait. Le menton posé sur une épaule au hasard, il tenta de la rassurer par sa seule présence à ses côtés, et en fin de compte il ne ferma pas l'œil de la nuit, préférant la veiller et se montrer disponible dès qu'il le jugerait nécessaire. Il aurait dut se méfier, pour les torches...

Les heures filèrent, lentes, glaciales. Archélas sentait s'immiscer en lui une fièvre comme il aurait préféré ne jamais en avoir. À force de repousser ses limites physiques, il fallait bien que ça arrive, et leur plongeon dans la douve avait été la goutte d'eau – sans mauvais jeu de mots. Ce fut donc l'esprit un peu confus qu'il resta attentif à Ceithli, observant, à la lueur de son pendentif, les rats qui couraient le long des murs. S'il avait pu se changer en hermine et s'enfuir dans la nuit... qui l'aurait vu ? Mais il y avait Ceithli, et jamais il ne la laisserait derrière. Un estomac mécontent grommelait parfois. Le reste du temps, il n'y eut que des ronflements, jusqu'à ce que des pas sur la trappe se fassent entendre. Un cliquetis, des voix, et la lumière du jour en un faisceau presque surréaliste baigna la cave. L'homme de la veille descendit en compagnie d'un autre individu plus inquiétant. Archélas releva la tête lourde d'une migraine de plus en plus prenante.

« Frithjof Gerulf. » se présenta le nouveau venu.

Haut de deux bons mètres et large comme deux Winghox déjà bien bâtis, il croisait sur sa poitrine où trônait un collier de dents dont on ne voulait pas connaître la provenance, une paire de bras plus larges que les cuisses d'Archélas. Une peau de loup couvrait ses épaules, et une paire de corne à faire pâlir d'envie Drakmonniss protégeait sa tête comme un casque. Un cou et une mâchoire puissants, des mains à vous aplatir d'un mouvement, et une voix plus étrange que le brame d'un cerf dans la nuit. À coup sûr le chef du village selon le soldat. Ses yeux perçants se posèrent sur Ceithli un instant, comme s'il vérifiait à qui il avait à faire avant de se décider à reprendre la parole.

« On a eut la visite d'un Morphe venu du nord, il y a quelques temps. Un tigre blanc. Lui aussi nous a parlé d'Ephtéria. Lui aussi prétendait avoir de bonnes intentions. Le fait est qu'il s'est permis de tuer l'un des nôtres, au sein même du temple d'Amroth. »

Son regard se reporta sur Archélas qui en eut un frisson. Curieusement, sa voix ne donnait pas du tout envie de le contrarier – à moins que sa carrure n'y soit pour quelque chose – et le soldat eut toutes les peines du monde à avaler sa salive correctement, comme s'il était écrasé sous le poids de ce regard insistant braqué sur lui.

« Vous. Mes hommes m'ont rapporté que vos affaires portaient des écussons et j'ai vu votre arme. Vous servez une armée ?
_ Je sers l'armée de notre Souverain, en effet... mais nous ne sommes pas venus...
_ Vous allez transmettre un message à votre Souverain. Vous allez lui dire que le peuple Winghox n'aime pas ses méthodes, que la mort de Detlef Osulf sera vengée, et vous allez lui conseiller de profiter du peu de temps qu'il lui reste à vivre. Et vous,
enchaîna-t-il en fusillant Ceithli du regard, vous ferez savoir à Vrass Rannveig que la prochaine fois qu'il croisera l'un de ceux de son peuple, ce sera bien la dernière personne qu'il verra de son vivant. Dites-lui bien qu'il n'est qu'un lâche et un traître. »

Puis sa voix s'éteignit soudain, imposant un silence électrique, comme lorsque l'on voit un éclair et que l'on s'attend à entendre la foudre s'abattre juste à côté. Mais Frithjof Gerulf, chef de clan Winghox, se contenta de se tourner vers son bras droit.

« Refourguez-les à Sayah, je ne veux plus les voir. »

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Re: En camp ennemi

Messagepar Ceithli » 14 Juil 2011, 12:17

Ne se souciant pas de leur entourage, qu'ils soient hommes soumis ou femmes dominatrices, la jeune femme laissait ses nerfs prendre enfin le dessus. Depuis le début elle était parvenue à dissimuler sa peur sous la raison, en temps que félin elle savait ressentir la peur chez les autres aussi avait-elle toujours tendance à essayer de la cacher sous son apparence humaine. Mais là ça commençait à faire un peu trop... des armoires à glace qui braquaient une arme sur elle, liant son cou pour ne pas qu'elle se transforme, la privant d'une part d'elle-même... sa gorge lui faisait mal, elle sentait la brûlure du métal sur sa peau alors que pourtant ce n'était pas si serré que ça, mais suffisamment pour que cette privation de sa liberté d'être ce qu'elle était la prenne aux tripes.

Archélas vint tenter de la rassurer, tant bien que mal malgré ses chaines pour la calmer et la réconforter, mais il ne pouvait pas vraiment comprendre en réalité. Ce n'était pas que sa part féline lui manquait, elle pouvait rester plusieurs jours sans se transformer là n'était pas la question, mais ne pas en avoir le choix était une véritable torture, comme si elle était actuellement dans une cage, une cage dont les barreaux lui étaient mortels si elle tentait ne serait-ce que d'y toucher. Car la transformation était forcément complète, si elle ne faisait que commencer, elle deviendrait forcément un guépard, et ne pouvant pas reprendre apparence humaine tout de suite après, elle mourrait étouffée dans la douleur.. oui elle était prisonnière.

Il la força tout de même à manger lorsqu'enfin ses larmes avaient cessé de couler, malgré tout la féline avait un regard particulièrement vide et affichait une peau pâle. Comme si une part d'elle-même était morte, et c'était un peu le cas. Le félin était prisonnier. Elle se fichait du goût de la mélasse, mangeant sans appétit, fixant le vide sans vraiment regarder son amant... elle se laissa donc manipuler sans réagir vraiment, continuant de fixer le vide comme si elle était en train de mourir à petits feux. Elle se cala contre son torse, il semblait vouloir qu'elle dorme et si elle y parvint ce fut dans un sommeil sans rêve proche de la mort.

Avait-elle vraiment dormi? Elle ne le savait pas, mais un autre instinct venait de se réveiller, car son front était appuyé sur le menton piquant d'Archélas et sa peau était particulièrement chaude... il était malade. L'inquiétude sembla l'emporter sur sa privation de liberté et elle leva alors les yeux vers lui, portant rapidement la main à son front brûlant


«Tu es malade...»

Il n'eut pas vraiment le loisir de lui répondre que leurs hôtes venaient leur rendre une petite visite... une fois de plus, face à l'ennemi elle cachait instinctivement ses peurs, fronça les sourcils et se redressa alors que l'homme se présentait. Sa carrure imposante laissait clairement penser que ce n'était pas n'importe qui. Elle s'inclina tout de même, une main sur sa poitrine en ce qui se voulait respectueux. Il lui parla alors d'un morphe tigre blanc... elle essaya de paraître la plus neutre possible, même si elle ne doutait pas qu'il devait s'agir d'Estrello s'il avait réussi à les duper en tuant l'un des leurs... elle faillit même avoir un regard triste, finalement il semblerait qu'il ait repris ses anciennes pratiques... mais elle essaya tout de même de ne rien montrer alors que le chef parlait à Archéla en ayant un message à faire transmettre au roi. Ainsi donc, ils auraient la vie sauve pour pouvoir transmettre les directives du chef?

Cependant elle ne comprenait pas le message qu'elle devait transmettre à Vrass, si celui-ci n'était pas connu jusqu'ici c'est qu'il faisait justement tout pour éviter les siens, aussi devait-il bien savoir qu'il était considéré comme un lâche ou un traître de toute manière. Qu'avait-il bien pu faire pour ça? Elle ne lui demanderait certainement pas. Finalement, l'autre winghox s'approcha d'eux, tenant un collier de chaîne assez épais mais qui pourrait se décrocher, ainsi qu'une clé. Il libéra la féline de son anneau de fer quelques secondes le temps de lui mettre l'autre collier. Puis il les libéra de leurs fers avant de pointer son épée sur eux suite aux ordres du chef de les conduire à Sayah, et la féline ressentit alors un soupir de soulagement... Sayah pourrait les téléporter à Banba où même Ephtéria pour qu'ils puissent voir un médecin pour le soldat.

Elle attrapa son bras pour qu'ils puissent suivre le winghox sans un mot, il avait alors jeté leur sac pour qu'ils récupèrent leurs affaires


«Vos armes sont déjà chez Sayah, vous les récupérerez là bas.»

Pourquoi ne pas avoir mis leur sac aussi alors? Juste pour le plaisir qu'ils le portent? Archélas étant malade, Ceithli ne lui laissa pas l'occasion de se rebiffer et prit elle-même le sac, trop inquiète pour sa santé. Ils suivirent donc le winghox pour sortir de la cave et se trouver dans une immense cuisine où un homme assez maigre préparait à manger, vue sa carrure, ce devait un de ces hommes diminués comme ceux d'en bas, parfaitement soumis et docile. Ils longèrent ensuite un couloir au sol de pierre polie et avant de passer par le hall, elle put voir la winghox de la veille dans son salon, les bras croisés dans le dos à fixer un tableau partiellement brûlé. Tableau semblant représenter une famille, mais l'un des visages avait été effacé par le feu, probablement celui de Vrass, elle n'avait pas eu le temps de voir. Une fois dans le hall, ils sortirent et se rendirent compte qu'ils étaient dans les hauteurs de la ville, une vue imprenable sur l'océan... puis ils descendirent à nouveau les petites ruelles, il y avait nettement plus d'activité que la veille et les gens les regardaient toujours d'un air amusé et sadique. Puis lorsqu'ils arrivèrent sur la grande place, le winghox les mena directement jusqu'à la boutique de Sayah... le winghox les poussa tous les deux à l'intérieur sans un mot et referma la porte tout en restant dehors... ils ne pourraient plus sortir de cette boutique.

La féline se tourna alors vers le comptoir...


«Sayah? Je vous en prie... nous avons besoin de votre aide...»

Il était inutile qu'ils fassent leurs achats, sauf si le reptile insistait pour faire des affaires avant de les emporter au loin, aussi dans ce cas, elle lui achèterait ces vêtements imperméables dont elle avait entendu parler pour Archélas... ce serait toujours mieux que les guenilles qu'ils portaient actuellement. Elle ne savait pas où il voulait aller, mais Ephtéria serait surement le mieux pour avoir un bon médecin et pour qu'il puisse remettre son rapport à son roi...


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